Changer ou se marginaliser : les enjeux du syndicalisme à la française

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Changer ou se marginaliser : les enjeux du syndicalisme à la française

Avec le départ de Jean-François Chérèque en janvier dernier, c’est une grande figure du syndicalisme réformiste, militant de la concertation et de la réforme qui disparaît. Son engagement en faveur du réalisme a notamment marqué le paysage social français, notamment lors du débat sur la réforme des retraites de 2003.

Cette disparition survient dans un contexte assez troublé pour le paysage syndical, après les contestations assez marquées contre la loi travail du printemps 2016.

La situation du syndicalisme français est critique. Elle est critique en raison d’un taux de syndicalisation très faible (11%), l’un des taux les moins élevés d’Europe, mais également en raison de sa pyramide des âges. En effet, beaucoup de militants et de cadres syndicaux sont des hommes et des femmes d’un certain âge.

Cela étant dit, force est de constater que nous avons besoin d’interlocuteurs capable de représenter les salariés et de défendre leurs intérêts dans le monde du travail, au sein des l’entreprise et de la fonction publique, avec lesquels les représentants patronaux, les équipes de direction des secteurs publics et privés doivent pouvoir dialoguer sereinement. Et c’est tout le paradoxe de la situation française.

Sortir de la confrontation pour assurer la défense des intérêts des salariés

Sortir de la confrontation pour assurer la défense des intérêts des salariés

Le syndicalisme aujourd’hui est confronté à deux défis majeurs.

Celui de survivre dans le salariat d’aujourd’hui tout d’abord et le second, de s’implanter dans le monde des travailleurs indépendants, considéré comme plus précaire.

Pour continuer à peser dans le salariat d’aujourd’hui, deux stratégies s’opposent.

La première, celle du réformisme, qui est portée par des syndicats comme la CFDT, l’UNSA, la CFTC. La seconde est celle d’un syndicalisme d’opposition, plus contestataire, dans laquelle on retrouve la CGT et FO.

Ce qui divise fondamentalement ces deux stratégies et ces deux visions du syndicalisme, ce sont des positions idéologiques certes, mais plus encore ce sont leurs stratégies respectives d’intervention et de positionnement dans le corps social.

La CGT et FO sont dans une stratégie de rapport de force, une stratégie qui passe avant tout par la loi. Etant assez peu représentés dans le tissu productif et dans le monde du travail réel d’aujourd’hui ces deux syndicats trouvent dans la loi une espèce de secours, un ensemble de règles s’imposant et tous et permettant de mettre « tout le monde d’accord ».

Les tenants du réformisme pour leur part considèrent que leur mission consiste à représenter les salariés en étant au plus près d’eux, là où ils se trouvent dans les entreprises. La stratégie d’intervention que privilégient les syndicats dits réformistes est par conséquent plutôt celle d’un syndicalisme « décentralisé », attaché aux contrats, qui défend les accords de branches et les négociations d’entreprises. Sa stratégie nécessite que les syndicalistes aillent au contact des salariés, répondent à leurs exigences et abandonnent les messages et les discours qui tombent d’en-haut.

Ce syndicalisme de proximité, qui s’apparente au dialogue à l’allemande, constitue un vrai pari pour ses tenants dans un pays comme le nôtre qui n’a pas la culture de compromis. Il représente également un vrai risque car il implique que les chefs d’entreprises jouent le jeu, en faisant vivre le dialogue social en interne, qu’ils soient responsables et ne fassent pas de chantage à l’emploi.

Le principal atout que présente le type d’offre syndicale dit « réformiste » est le réalisme. Les tenants du réalisme s’attachent à produire des analyses économiques et sociales sérieuses et réalistes qui correspondent à la réalité économique que vivent des millions de salariés.

A l’inverse, ceux des syndicats, partisans du rapport de force, qui refusent ces analyses sont dans l’erreur et ne sont plus convaincants dans un monde dans lequel l’accès à l’information s’est généralisé et qui atteint un niveau de connaissances élevé.

Tout l’enjeu réside aujourd’hui pour les organisations syndicales à transformer l’indignation et le refus du fatalisme en solutions et en propositions concrètes pour les salariés et à privilégier les stratégies de proximité, sur-mesure, au plus près des salariés permettant de conclure des accords d’entreprises.

C’est véritablement à travers ce cheminement que les syndicats français parviendront à maintenir leur utilité dans le débat social, leur présence dans le salariat d’aujourd’hui et à trouver les voies d’une implantation dans le monde du travail des indépendants, qui se généralise progressivement, et dont ils sont cruellement absents.

Les réformistes s’y emploient déjà. Il est grand temps que les partisans de la contestation et du rapport de force le comprennent avant de perdre définitivement toute crédibilité aux yeux des salariés qu’ils sont censés représenter.

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