Pour une vision apaisée de la politique migratoire de la France

Home / le lab / Pour une vision apaisée de la politique migratoire de la France

Pour une vision apaisée de la politique migratoire de la France

Il convient de rappeler tout d’abord quelques évidences à propos de l’immigration sur lesquelles nous pouvons tous nous tomber d’accord. La France est depuis toujours et doit rester une terre d’immigration. Historiquement elle a accueilli les étrangers de toutes nationalités fuyant les guerres ou la pauvreté dans leurs pays. L’histoire de l’immigration est délicate à instruire dans la mesure où la formation de l’Etat nation en France est récente, elle remonte au mieux au XVIIIème siècle. Auparavant la France n’était qu’un «agrégat inconstitué de peuples désunis» pour reprendre les mots de Mirabeau. Ce n’est finalement qu’à partir de la révolution que la question de l’immigration prend un sens d’abord parce que la France a « pris une conscience » la constitution de la nation impliquant automatiquement la disparition les particularismes, doctrine exprimée par la fameuse formule de Clermont Tonnerre à la Constituante : « tout aux juifs en tant qu’individus, rien aux juifs en tant que nation ».

Par ailleurs l’immigration est en grande partie à la source du développement et de la richesse actuelle de la France, il n’est donc pas question aujourd’hui de remettre en cause cet acquis par une politique de fermeture irraisonnée de frontière comme le préconisent certains mouvements extrémistes.

En effet les apports extérieurs de populations sont venus compenser les faiblesses de la démographie française comme ce fut le cas au XIXème siècle. Ainsi les réfugiés allemands arrivèrent à Paris, suivis à la fin du XIXème siècle par les Italiens dans le Sud Est, les réfugiés de la Pologne divisée, en particuliers les juifs victimes des progroms tandis que les espagnols étaient embauchés comme ouvriers agricoles ont largement contribué à répondre aux défis de l’industrialisation naissante du pays.

Comment repenser la politique migratoire de la France?

Comment repenser la politique migratoire de la France?

L’immigration a accompagné la reconstruction de la France après guerre pendant la période des trente glorieuses. Une étude récente a confirmé ce que beaucoup refusaient d’admettre les immigrés stimulent la croissance. Il n’existe par conséquent aucune raison objective pour militer en faveur d’une fermeture de nos frontières. Cela constituerait un reniement de nos traditions d’accueil et compromettrait la relance économique dont nous avons tant besoin en nous privant d’une main d’oeuvre bon marché et efficace ainsi que du rayonnement culturel auquel la France aspire toujours notamment par l’accueil des étudiants étrangers dans nos universités. Hormis quelques phases de replis, notamment en période de crise, la France a toujours adressé un message de générosité aux  candidats à l’immigration et c’est bien ce message qu’elle délivre aujourd’hui encore. En effet, avec plus de 230 000 immigrants accueillis en 2011 la France est la troisième destination en Europe derrière le Royaume Unis (566 000) et l’Allemagne (489 000).

Pour autant, la crise de 2008 a modifié quelque peu la donne en réduisant les marges de manœuvre en termes de capacité d’accueil. Le marché du travail est bien trop rigide et n’est pas en mesure d’offrir les débouchés en emplois qui permettraient une intégration harmonieuse. En témoigne les taux de chômage particulièrement élevés parmi la population immigrée (supérieurs à 20 % contre 10,5 % pour le reste de la population). De même les limites du système scolaire français sont atteintes de même d’ailleurs que celles de nos capacités d’hébergement, les difficultés budgétaires laissant désarmés les pouvoirs publics quant aux réponses à apporter à ces défis.

Une politique d’immigration devrait pouvoir s’appuyer sur deux piliers fondamentaux : l’intégration pleine et entière des individus qui ont décidé de s’installer en France et d’adhérer à nos valeurs, et une réponse forte à la question de l’immigration clandestine. Force est de constater que nous ne sommes pas en mesure d’actionner ces deux leviers essentiels. En premier lieu par ce que nous ne sommes pas en mesure d’offrir les emplois qui ouvriraient la voie à l’intégration des nouveaux arrivants. C’est la grande hypocrisie de certains mouvements politiques de se proclamer à la fois favorable à l’immigration et de refuser dans le même temps de mettre en place les réformes du marché du travail et de soutien à la compétitivité des entreprises qui permettraient de créer les emplois qui nous manquent à l’instar de ce qui a été fait au Royaume Unis et en Allemagne et de la politique que met en œuvre aujourd’hui l’Espagne. En second lieu par ce qu’il n’y a plus de volonté politique de lutter contre l’immigration clandestine. L’épisode de l’affaire Leonarda a à cet égard  mis au grand jour la chute vertigineuse des mises en rétention en vue de reconduire les étrangers entrés irrégulièrement sur notre sol (- 80%). Il faut dire que les forces de l’ordre ne disposent plus des outils adéquats pour remplir leur mission depuis que les juges ont considéré qu’il n’était plus possible de mettre en garde à vue un étranger au seul motif qu’il était en situation irrégulière. L’instauration évoquée d’une possible mise en rétention pendant 16h est notoirement insuffisante pour permettre une reconduite dans de bonnes conditions. Une réforme rapide est absolument nécessaire afin de rétablir ce droit souverain d’un Etat à renvoyer chez l’étranger entré clandestinement.

Notre politique d’attribution de visas est sans doute aussi à revoir à la lumière de l’attitude des Etats pourvoyeurs de clandestins en réduisant (voire en supprimant) la distribution de visas dans ces pays ainsi d’ailleurs que dans ceux qui refusent de reprendre leurs ressortissants dans le cadre d’une procédure de reconduite. Cette politique devrait s’accompagner d’une réflexion sur la diversification nécessaire de l’origine des étrangers désirant s’installer en France afin de couper court à la formation de communautarismes.

De ce point de vue la politique européenne est manifestement sous dimensionnée et doit être repensée afin de donner les moyens à l’agence Frontex chargée de coordonner les politiques de l’UE en matière d’immigration les moyens de lutter contre l’immigration illégale. Son budget est ainsi passé de 118 millions en 2011 à 85 millions en 2013.  La solidarité entre Etats membres peine à s’organiser, les pays du sud supportant le plus souvent seuls l’afflux de réfugiés clandestins (Lampedusa a vu l’arrivée de 200 000 immigrants depuis 1999 selon le gouvernement italien). Même si les pays du Nord sont les principaux pourvoyeurs d’asile (Allemagne 70 000, France 60 000, suède 44 000, Italie 17 500) cela ne compense pas les efforts que doivent consentir les Etats du sud pour l’accueil des immigrés clandestins. Au cours du 2ème trimestre de 2013 les entrées illégales en UE ont augmenté de 7,4 % ce qui traduit une forte accélération des arrivées illégales au sein de l’UE. Il s’agit essentiellement d’étrangers fuyant la situation catastrophique en provenance de Somalie et d’Erytrée. Les points de passage sont connus : essentiellement la Turquie, la Sicile (Lampedusa), ou l’Espagne. Or la politique de la Commission est univoque dans le sens où elle entend restreindre les cas de fermeture exceptionnelles des frontières par les Etats membres (un avis de la Commission est nécessaire), ou imposer un partage plus équitable de l’asile en Europe ou de favoriser la circulation des travailleurs (souvent clandestins)  sans égard avec la capacité des Etats à accueillir les immigrés ce qui alimente en retour le rejet par les populations locales et les populismes.

Le même constat d’absence de volonté politique est valable s’agissant de la politique d’asile de la France qui est depuis plusieurs années complètement détournée de son objectif qui est de fournir un refuge aux victimes de guerres dans leurs pays. C’est bien une condition de survie pour les populations syriennes de pouvoir trouver refuges dans les pays européens, comme cela a pu être le cas des Afghans, ou dans les années 1990 des croates et des kosovars. Pourtant force est de constater que le droit d’asile sert avant tout aujourd’hui de moyen d’obtenir un visa et un titre de séjour à des étrangers qui ne sont pas en dangers de quelque manière que ce soit dans leur pays. En effet 80 % des demandes sont rejetées au terme de l’instruction par l’OFPRA et la CNDA. Là encore il conviendrait de revoir rapidement nos procédures en les accélérant de manière à refuser le plus vite possible le statut de réfugié pour les cas de demande abusives les plus manifestes, pourquoi pas en augmentant le nombre de pays qui ne sont pas considérés comme dangereux pour leurs ressortissants (lAlbanie par exemple est toujours sur la liste!).

logiquespubliques
logiquespubliques
Logiques Publiques est un cabinet de conseil spécialisé en affaires publiques ayant pour vocation d’apporter un accompagnement stratégique aux institutions publiques et aux organisations.
Contact Us

Start typing and press Enter to search

Des réponses fortes contre l'illusion protectionnisteSortir de la confrontation pour assurer la défense des intérêts des salariés