Levons-nous contre l’illusion du discours protectionniste sur l’Europe !

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Levons-nous contre l’illusion du discours protectionniste sur l’Europe !

Fruit d’un compromis entre l’État providence scandinave, l’économie sociale de marché allemande et la tradition administrative française fondée sur la notion d’intérêt général et l’égalité des citoyens, le modèle européen constitue une synthèse équilibrée. Son modèle repose sur un point d’équilibre entre individu et collectif, libéralisme et attachement à un système fort de protection sociale, régulation marchande et rôle de l’État, et loi de l’offre et de la demande et protection des plus faibles.

Traversée par des clivages culturels forts entre monde anglo-saxon et monde latin, catholicisme, protestantisme et plus de 12 millions de musulmans, soit les populations de la Suède et du Danemark réunies, libéralisme et socialisme, l’Union européenne n’en est pas moins parvenue à se doter d’une identité très forte. Cette identité s’est construite autour de valeurs cardinales que sont la liberté, la protection sociale, la séparation des pouvoirs, l’Etat de droit, l’attachement à l’écologie et la sécurité multilatérale, sous la pression de la menace soviétique et l’impulsion des Etats-Unis.

Sous l’autorité d’européens profondément convaincus (de Jean Monnet à Jacques Delors) qui avaient compris tout l’intérêt de retenir une logique pragmatique et technocratique pour faire progresser la construction européenne par des réalisations concrètes, dénommée la stratégie “ incrémentale ”, l’Europe s’est dotée d’un système institutionnel solide scellé par la réconciliation franco-allemande, d’une monnaie, l’euro, d’un marché commun et d’une politique étrangère et de défense.

Cet acquis s’est grippé à la fin des années 90 à la suite de l’effondrement du bloc soviétique et de la chute du mur de Berlin qui ont conduit à la réunification allemande. A cela est venu s’ajouter le refus de l’Union européenne de procéder à un arbitrage clair sur la délimitation de ses frontières, l’urgence de l’intégration étant devenue nettement moins pressante avec la disparition de la menace communiste. En quelque sorte, la fin des années 90 marque « la fin des illusions » comme l’indique à juste titre Jean-Louis Bourlanges. Elles consacrent en effet l’échec de la thèse de Françis Fukuyama sur la fin de l’Histoire depuis le 11 septembre avec les réveils identitaires et les menaces qui pèsent sur les démocraties, la fin de l’hyperpuissance américaine et les défis de la mondialisation et de la crise économique que nous ne pouvons régler qu’à l’échelle européenne.

Des réponses fortes contre l'illusion protectionniste

Des réponses fortes contre l’illusion protectionniste

Dans ce contexte si particulier de changement de paradigme, nous constatons que les clés de l’Union européenne ont été laissées à la fin des années 90 à des Chefs d’Etat et de gouvernements eurosceptiques qui n’ont rien fait de l’héritage qui leur avait été légué par leurs pairs. Il s’agit de Jacques Chirac et de Lionel Jospin en France, de Gerhard Schröder en Allemagne, de Romano Prodi et Silvio Berlusconi en Italie et de Jose Maria Aznar en Espagne. Ces leaders européens ont saccagé le système institutionnel, la politique étrangère et la politique économique avec la ratification du Traité de Nice, qui a complètement déséquilibré les rapports au sein de la Commission et au sein du Parlement, la crise irakienne qui a divisé comme jamais les européens et l’échec de la constitution d’un gouvernement économique de l’Union européenne qui ne lui a pas permis de se protéger face à la crise économique et financière.

Le système s’est donc emballé. Sur le plan institutionnel d’abord avec le refus acté lors de la ratification du Traité de Nice d’opter pour une commission resserrée, dont le nombre de commissaires ne devrait pas excéder la dizaine pour prétendre à un fonctionnement authentiquement collégial. Le nombre pléthorique de commissaires a eu pour effet pervers de transférer le pouvoir vers les administrations communautaires et de multiplier les aberrations. Est-il normal que les Etats qui représentent 75 % de la population (grand Etats membres) aient moins de Commissaires que les Etats qui en représentent 3 % ? Par ailleurs, l’Europe ne sait toujours pas où ses frontières s’arrêtent. Cela ne lui permet pas de savoir clairement si elle doit intégrer ou non la Turquie, l’Ukraine ou encore la Biélorussie.

Notons également – et ce n’est pas la moindre des difficultés – que l’Union européenne est en charge de compétences technocratiques et dépolitisées que sont la concurrence, la monnaie (l’euro), le commerce international et la politique agricole, alors que les pouvoirs politiques (politique étrangère et de sécurité commune et politique de défense) continuent de relever du domaine intergouvernemental et restent soumis à la règle de l’unanimité. Les chefs d’Etat et de gouvernement refusent majoritairement de procéder à de nouveaux transferts de souveraineté. Pour couronner l’ensemble, nous sommes gouvernés par des dirigeants qui ne sont plus fondamentalement passionnés par l’Europe et qui n’ont plus de vision européenne à dix ans.

Dans ce contexte, il appartient aux européens convaincus de refuser la fatalité et de se battre pour défendre un projet ambitieux face à la montée des forces protectionnistes et antieuropéennes et nous permettre de conserver un véritable rôle historique dans un monde en pleine mutation.

Trois orientations fondamentales doivent à cet égard constituer l’ossature du programme de la prochaine législature européenne pour ces cinq prochaines années :

 

  1. Choisir le fédéralisme face à l’approche intergouvernementale ;
  2. Maintenir la méthode gradualiste et la stratégie des petits pas et des avancées progressives, notamment pour ce qui concerne la communautarisation de la politique étrangère et de sécurité commune, face au grand soir ;
  3. Privilégier le fonctionnement de l’Union dans le cadre de l’Eurogroupe à 17 par rapport à la zone globale à 27. La constitution d’un budget fédéral commun et la création d’un poste de ministre des Finances, Vice-Président de la Commission doivent constituer les deux priorités majeures des Chefs d’Etats et de Gouvernement de la zone euro dans les cinq prochaines années.

 

Plus généralement, l’Union européenne doit à nouveau se donner les moyens de concilier la rigueur et la compétitivité des pays du Nord et la solidarité des pays du Sud.

Pour éviter de sortir définitivement de l’Histoire, les pays de l’Union européenne doivent affronter le XXIème siècle et la mondialisation en acceptant de se réformer, de devenir plus compétitifs, d’entrer de plain-pied dans l’ère du numérique, de réduire leurs déficits, d’adapter leur modèle social et de rendre leurs systèmes éducatifs plus performant.

Les pays occidentaux ne sont plus les seuls maîtres à bord ! Ils sont aujourd’hui en concurrence avec des pays émergents comme la Chine, l’Inde et le Brésil qui ont fait leur révolution, consomment et produisent à des coûts moins élevés que les nôtres. C’est ce monde nouveau que nous devons accepter d’affronter plutôt que de tenter de chercher des boucs émissaires comme l’excès des normes, l’euro ou l’immigration.

Sur ces trois sujets, qui seront au cœur du débat communautaire, les européens convaincus doivent apporter des réponses à la fois fermes et claires en répudiant vigoureusement le discours protectionniste des « nonistes » dont les solutions sont inefficaces et feraient perdre aux pays de l’Union leur rang sur la scène européenne et internationale ; et défendre l’héritage qui leur a été légué par les Pères fondateurs et les grands bâtisseurs de l’Europe.

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